{"id":7591,"date":"2026-05-15T00:12:00","date_gmt":"2026-05-15T00:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/rjbarrett.redirectme.net\/?p=7591"},"modified":"2026-05-15T00:12:00","modified_gmt":"2026-05-15T00:12:00","slug":"le-tresor-canadien-50-ans-du-castor-the-walrus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rjbarrett.redirectme.net\/?p=7591","title":{"rendered":"Le tr\u00e9sor canadien : 50 ans du castor | The Walrus"},"content":{"rendered":"<p><br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Il y a cinquante ans, le castor est devenu officiellement un symbole national du Canada. Mais bien avant cela, ce petit animal fa\u00e7onnait d\u00e9j\u00e0 les rivi\u00e8res, alimentait le commerce et transformait discr\u00e8tement le paysage.<\/p>\n<p>La biologiste sp\u00e9cialis\u00e9e en faune Dr. Glynnis Hood et Jan Kingshott, directrice du bien-\u00eatre animal au Sanctuaire faunique Aspen Valley, nous font d\u00e9couvrir l\u2019univers du castor \u2014 de son r\u00f4le dans la traite des fourrures \u00e0 son impact \u00e9cologique aujourd\u2019hui \u2014 et expliquent pourquoi il demeure l\u2019un des symboles les plus fascinants et r\u00e9silients du Canada.<\/p>\n<p><strong>Listen to the episode: <\/strong><br \/><iframe allow=\"autoplay *; encrypted-media *; fullscreen *; clipboard-write\" frameborder=\"0\" height=\"175\" style=\"width:100%;max-width:660px;overflow:hidden;background:transparent;\" sandbox=\"allow-forms allow-popups allow-same-origin allow-scripts allow-storage-access-by-user-activation allow-top-navigation-by-user-activation\" src=\"https:\/\/embed.podcasts.apple.com\/ca\/podcast\/the-furry-gold-of-canada-the-beavers-50-year-legacy\/id1671819674?i=1000741668739\"><\/iframe><\/p>\n<hr\/>\n<p>Angela Misri: Le Canada a beaucoup de symboles nationaux. Il y a la feuille d\u2019\u00e9rable, les montagnes, l\u2019orignal, mais peu sont aussi improbables, ou aussi influents, que le castor. Depuis plus de 400 ans, ce petit rongeur travaillant a aliment\u00e9 les d\u00e9buts du commerce de la fourrure, stimul\u00e9 le commerce international et contribu\u00e9 \u00e0 poser les bases \u00e9conomiques de ce qui allait devenir le Canada. Eh oui, nous autres, les Canadiens, on sait que les castors sont aussi c\u00e9l\u00e8bres pour un petit surplus d\u2019ardeur au travail. Disons simplement que leur r\u00e9putation ne se limite pas \u00e0 la for\u00eat.<\/p>\n<p>Bienvenue \u00e0 <em>Canadian Time Machine<\/em>, un balado qui explore des moments cl\u00e9s de l\u2019histoire de notre pays. Je m\u2019appelle Angela Misri. L\u2019ann\u00e9e 2025 marque le 50e anniversaire de la reconnaissance officielle du castor comme symbole national du Canada. C\u2019est un jalon qui nous donne l\u2019occasion de regarder au-del\u00e0 du symbole et de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 notre relation avec la nature et les animaux qui ont fa\u00e7onn\u00e9 ces territoires bien avant la Conf\u00e9d\u00e9ration, parce que quand un castor s\u2019installe dans un endroit, tout change. Il construit des barrages et cr\u00e9e des milieux humides qui sont des habitats riches, qui soutiennent les plantes, les poissons, les oiseaux, les insectes, et qui aident m\u00eame \u00e0 nous prot\u00e9ger contre les s\u00e9cheresses et les inondations. Ce sont des ing\u00e9nieurs des \u00e9cosyst\u00e8mes, l\u2019une des rares esp\u00e8ces sur Terre capables de transformer un paysage \u00e0 une \u00e9chelle aussi \u00e9norme.<\/p>\n<p>Alors, dans cet \u00e9pisode, on ne fait pas que c\u00e9l\u00e9brer une ic\u00f4ne. On explore ce que le castor a repr\u00e9sent\u00e9 pour le Canada, sur les plans culturel, historique et \u00e9cologique, et ce que \u00e7a veut dire de vivre \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s aujourd\u2019hui. Pour commencer, on se rend \u00e0 Muskoka, dans un sanctuaire qui se sp\u00e9cialise dans les soins aux castors bless\u00e9s et orphelins.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: Je m\u2019appelle Jan Kingshott et je suis directeur du bien-\u00eatre animal ici, au sanctuaire Aspen Valley Wildlife Sanctuary, \u00e0 Muskoka, en Ontario.<\/p>\n<p>Angela Misri: Les d\u00e9cennies que Jan a pass\u00e9es \u00e0 travailler avec des chevaux lui ont donn\u00e9 une compr\u00e9hension approfondie du comportement animal, une comp\u00e9tence qu\u2019elle applique maintenant aux soins des esp\u00e8ces indig\u00e8nes de l\u2019Ontario, qui comprennent plus de 200 mammif\u00e8res, oiseaux, reptiles et amphibiens, et bien s\u00fbr, le gros travailleur qu\u2019est le castor.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: On accueille environ 1 000 animaux par ann\u00e9e en r\u00e9adaptation, et on est sp\u00e9cialis\u00e9s dans les castors.<\/p>\n<p>Angela Misri: Les castors sont peut-\u00eatre un symbole du Canada, mais \u00e0 Aspen Valley, ce sont des personnalit\u00e9s bien vivantes. Ils sont enjou\u00e9s, pers\u00e9v\u00e9rants, parfois ent\u00eat\u00e9s, et ils apprennent toujours quelque chose de nouveau \u00e0 Jan et \u00e0 son \u00e9quipe.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: On est probablement l\u2019une des plus grandes installations en Am\u00e9rique du Nord pour la r\u00e9adaptation des castors et, en Ontario, probablement l\u2019une des rares \u00e0 pouvoir r\u00e9ellement prendre en charge un castor depuis la naissance jusqu\u2019\u00e0 sa remise en libert\u00e9, ce qui repr\u00e9sente deux ans. En g\u00e9n\u00e9ral, on en a environ 10 ou 12 au centre en m\u00eame temps, et la raison, c\u2019est qu\u2019ils doivent rester avec nous longtemps. Dans la nature, ils ne se dispersent pas de leur unit\u00e9 familiale avant l\u2019\u00e2ge de deux ans. Alors \u00e9videmment, on veut reproduire \u00e7a. On ne veut pas rel\u00e2cher des castors dans la nature plus t\u00f4t qu\u2019ils ne le devraient. On veut s\u2019assurer qu\u2019ils vont sortir de l\u00e0 et s\u2019\u00e9panouir. On a donc accueilli des castors qui avaient \u00e9t\u00e9 atteints par des fl\u00e8ches ou frapp\u00e9s par des voitures et qui avaient des membres fractur\u00e9s. On ne peut pas les sauver dans tous les cas, mais quand on peut, c\u2019est incroyable de voir ce que certains arrivent \u00e0 surmonter. Ce sont ceux-l\u00e0 dont, je pense, on se souvient toujours le plus.<\/p>\n<p>Angela Misri: Et apr\u00e8s tout ce drame, les fl\u00e8ches, les voitures et les membres cass\u00e9s, ces petits survivants peuvent commencer le prochain chapitre de leur vie dans un endroit un peu plus confortable, comme la pouponni\u00e8re des castors.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: Alors, quand ils sont b\u00e9b\u00e9s, comme ils demandent beaucoup de soins et d\u2019attention, ils vont dans une pouponni\u00e8re qui se trouve dans la maison du personnel, qui est une section s\u00e9par\u00e9e. Comme \u00e7a, le personnel peut passer plus de temps avec l\u2019animal. Cette pouponni\u00e8re a une baignoire pour des baignades fr\u00e9quentes, et l\u2019espace est am\u00e9nag\u00e9 un peu comme dans un environnement naturel.<\/p>\n<p>Angela Misri: Presque tout ce premier hiver se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 ils re\u00e7oivent des soins constants et passent beaucoup de temps \u00e0 nager. Mais une fois que la neige fond, les jeunes castors sont transf\u00e9r\u00e9s dans de plus grands enclos ext\u00e9rieurs, o\u00f9 ils peuvent explorer davantage, un peu comme ils le feraient dans la nature.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: Je pense qu\u2019en moyenne, on a environ trois \u00e0 cinq b\u00e9b\u00e9s castors chez nous par saison au printemps. Alors on leur donne des noms selon un th\u00e8me. Puis, oui, pour les adultes qui arrivent, peu importe leur personnalit\u00e9, c\u2019est souvent \u00e7a qui inspire leur nom. On en a eu, par exemple, un qui s\u2019appelait Mad Max\u2026<\/p>\n<p>Angela Misri: Avec un nom comme Mad Max, on peut imaginer son comportement.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: Alors, ils sont tous diff\u00e9rents. C\u2019est ce qui les rend vraiment le fun. Il y en a qui arrivent bless\u00e9s, qui sont des adultes, et ils ne sont pas contents, \u00e9videmment. Ce n\u2019est pas l\u00e0 qu\u2019ils veulent \u00eatre. Ils peuvent donc \u00eatre un peu grognons, et ils peuvent, vous savez, faire de l\u2019intimidation, charger vers nous et rendre le travail parfois plus difficile. Mais les plus jeunes, les orphelins, quand ils arrivent \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge, ils sont assez d\u00e9pendants. On doit donc passer beaucoup de temps avec eux, \u00e0 s\u2019en occuper et \u00e0 les \u00e9lever.<\/p>\n<p>Angela Misri: Le principal personnage castor dans mes livres de zombies, c\u2019est Mme King, qui dirige une maisonn\u00e9e, ou un barrage, peu importe comment tu veux d\u00e9finir \u00e7a, rempli de b\u00e9b\u00e9s castors. Elle a donc une personnalit\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9rieuse. Elle a beaucoup d\u2019attitude, et elle sait ce qu\u2019elle sait. Alors je t\u2019encourage aussi \u00e0 lire \u00e0 propos de mon castor \u00e0 la personnalit\u00e9 bien affirm\u00e9e. Mais comme Jan le dit, le comportement est instinctif, surtout quand il est question de construction de barrages. Cet \u00e9lan-l\u00e0 est inscrit dans l\u2019ADN du castor.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: C\u2019est absolument incroyable, et heureusement qu\u2019ils ont leurs instincts, parce que ce n\u2019est pas quelque chose qu\u2019on pourrait leur enseigner en tant que soigneurs. On ne peut pas apprendre \u00e0 un castor \u00e0 construire un barrage ni \u00e0 un ours \u00e0 hiberner. Heureusement, ces instincts sont l\u00e0. Et notre travail, en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est de les laisser affiner ces instincts-l\u00e0 et les pratiquer. Alors quand ils arrivent, m\u00eame quand ce sont de tr\u00e8s jeunes b\u00e9b\u00e9s, genre 500 grammes, ils se d\u00e9placent d\u00e9j\u00e0, ils ramassent des b\u00e2tons et les d\u00e9placent dans leur enclos. Ils sont tellement jeunes. Les instincts commencent tellement t\u00f4t. C\u2019est fou, mais c\u2019est vraiment le fun \u00e0 regarder, c\u2019est s\u00fbr. Et ensuite, en grandissant, on voit \u00e0 quel point ils le font de plus en plus, et certains sont vraiment intenses l\u00e0-dedans, comme s\u2019ils aimaient vraiment, vraiment \u00e7a, construire sans arr\u00eat.<\/p>\n<p>Angela Misri: Et tous ces soins tr\u00e8s directs, ce n\u2019est pas seulement pour les garder en vie. C\u2019est pour aider ces petites b\u00eates tr\u00e8s ax\u00e9es sur la famille \u00e0 rester sauvages, tout en apprenant quand m\u00eame \u00e0 faire confiance aux humains qui les \u00e9l\u00e8vent.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: C\u2019est une esp\u00e8ce tr\u00e8s ax\u00e9e sur la famille, donc ils sont toujours avec leur famille. Quand ils arrivent chez nous, on doit les prendre en charge. On doit passer beaucoup de temps avec eux. Et si on ne le fait pas, ils ne vont pas bien, ils ne s\u2019\u00e9panouissent pas. Ils ont vraiment besoin de ce lien et de cet attachement avec nous. Alors ce qu\u2019on fait, c\u2019est qu\u2019on limite vraiment le nombre de personnes qui les manipulent et qui s\u2019en occupent, et on limite \u00e7a \u00e0 deux personnes. De cette fa\u00e7on-l\u00e0, les b\u00e9b\u00e9s peuvent cr\u00e9er un lien avec leurs soignants, sans pour autant devenir habitu\u00e9s aux gens. C\u2019est beaucoup de travail, parce qu\u2019ils sont tr\u00e8s d\u00e9pendants. Et puis ils nagent tr\u00e8s t\u00f4t dans leur vie. Ils nagent constamment tout au long de la journ\u00e9e, entrecoupant des p\u00e9riodes de nage par des p\u00e9riodes d\u2019alimentation.<\/p>\n<p>Angela Misri: Mais apprendre \u00e0 conna\u00eetre les castors, ce n\u2019est pas seulement une question de les nourrir ou de leur donner des cours de nage. C\u2019est aussi comprendre comment ils s\u2019inscrivent plus largement dans la vie du territoire. Vivre \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s peut \u00eatre complexe, mais \u00e7a en vaut la peine.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: On peut coexister avec la faune, et surtout, on peut coexister avec les castors. Je sais qu\u2019il y a, vous savez, beaucoup de pi\u00e9geage, et des gens qui disent \u00e0 quel point ils causent des dommages, mais en r\u00e9alit\u00e9, ils sont en train de transformer le milieu. Ils ne d\u00e9truisent pas. Alors je pense que c\u2019est vraiment important que les gens sachent qu\u2019on est capables de coexister, et que ce qu\u2019ils font, transformer l\u2019environnement est important.<\/p>\n<p>Angela Misri: De pr\u00e8s, on voit ce qui fait des castors bien plus qu\u2019un simple symbole national. Ils nous rappellent la r\u00e9silience, l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, le lien avec le territoire et une certaine d\u00e9termination bien canadienne.<\/p>\n<p>Jan Kingshott: Ce sont des animaux tellement incroyables. Je veux dire, c\u2019est une esp\u00e8ce cl\u00e9, hein. Ils cr\u00e9ent des milieux humides. Ils font \u00e9norm\u00e9ment pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Il y a m\u00eame des gens qui disent qu\u2019ils aident \u00e0 lutter contre les changements climatiques. Alors oui, c\u2019est quand m\u00eame assez impressionnant qu\u2019un animal puisse faire tout \u00e7a. Je pense qu\u2019ils m\u00e9ritent ce cr\u00e9dit-l\u00e0, simplement \u00e0 cause de ce qu\u2019ils peuvent faire, de ce qu\u2019ils sont.<\/p>\n<p>Angela Misri: La plupart d\u2019entre nous pensent aux castors comme \u00e0 des animaux mignons et occup\u00e9s, ou comme \u00e0 des combattants de zombies, mais ils font bien plus que ronger des arbres. Le Canada abrite environ 25 % des milieux humides de la plan\u00e8te. Les castors fa\u00e7onnent le paysage, creusent des canaux, construisent des barrages et cr\u00e9ent des habitats qui soutiennent les poissons, les oiseaux, les amphibiens et m\u00eame de petits mammif\u00e8res. Les castors ont r\u00e9ellement fa\u00e7onn\u00e9 le Canada. Et leur impact d\u00e9passe largement la nature. Leur fourrure a aliment\u00e9 les premi\u00e8res explorations et l\u2019\u00e9tablissement europ\u00e9ens, a fa\u00e7onn\u00e9 les \u00e9conomies autochtones et est devenue un symbole de l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 canadienne. Leur image s\u2019est retrouv\u00e9e sur les armoiries de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson et a inspir\u00e9 des marques canadiennes embl\u00e9matiques comme Roots. On a m\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 leur charme sous forme de p\u00e2te frite, avec la c\u00e9l\u00e8bre queue de castor, preuve qu\u2019on mange volontiers nos symboles nationaux. Alors, pour nous aider \u00e0 creuser un peu plus l\u2019histoire du castor au Canada, nous accueillons la Dre Glynnis Hood. Elle est \u00e9cologiste de la faune, professeure en sciences de l\u2019environnement \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019Alberta et autrice de plusieurs livres sur les castors, dont The Beaver Manifesto. Glynnis, bienvenue.<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Merci.<\/p>\n<p>Angela Misri: Parlez-moi de ce qui vous a inspir\u00e9e dans ce choix de carri\u00e8re. Qu\u2019est-ce que les castors en sont venus \u00e0 repr\u00e9senter pour vous ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Personnellement, ils sont devenus une source infinie de questions et de curiosit\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9poque \u00e9douardienne, les gens avaient des cabinets de curiosit\u00e9s et ils rassemblaient toutes sortes de choses provenant de la nature, pour essayer de les comprendre ou pour les montrer \u00e0 leurs amis. Et chaque fois que je fais une \u00e9tude sur les castors, en me disant bon, qu\u2019est-ce qu\u2019il reste \u00e0 explorer, il y a quinze autres questions qui se forment dans ma t\u00eate quand je suis sur le terrain. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 mon doctorat, c\u2019\u00e9tait en fait sur un tout autre sujet, m\u00eame si j\u2019ai grandi dans la vall\u00e9e de Creston, en Colombie-Britannique, o\u00f9 il y a des milieux humides de renomm\u00e9e mondiale et beaucoup de castors, et c\u2019est l\u00e0 que se trouvait mon c\u0153ur. J\u2019\u00e9tudiais autre chose, puis les choses ont chang\u00e9, et une \u00e9norme occasion s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e de faire un doctorat sur l\u2019\u00e9cologie des castors. Au lieu de \u00e7a, ce qui\u2026<\/p>\n<p>Angela Misri: C\u2019\u00e9tait quoi, la grande occasion ? Vous pouvez m\u2019en dire plus l\u00e0-dessus. C\u2019\u00e9tait quoi exactement, l\u2019occasion ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Mon premier sujet ne fonctionnait vraiment pas bien. Et je me suis dit que c\u2019\u00e9tait un signe que \u00e7a ne devait pas se faire. Je suis all\u00e9e voir une de mes amies qui \u00e9tait prof, juste pour prendre de ses nouvelles et peut-\u00eatre m\u00eame lui dire au revoir. Et elle m\u2019a dit, as-tu de l\u2019argent ? Et j\u2019ai r\u00e9pondu, oh oui, j\u2019ai des fonds de recherche. Et elle a dit, qu\u2019est-ce que tu penses des castors et des milieux humides ? Et j\u2019ai r\u00e9pondu, \u00e7a sonne super bien. Et c\u2019\u00e9tait la Dre Suzanne Bailey. On est encore amies aujourd\u2019hui, et il est sorti \u00e9norm\u00e9ment de choses de ce travail de doctorat, qui a men\u00e9 \u00e0 25 ans d\u2019exploration dans ces magnifiques paysages que les castors cr\u00e9ent.<\/p>\n<p>Angela Misri: J\u2019aime \u00e7a que vous ayez fait ce virage-l\u00e0 et que vous ayez pu trouver quelque chose d\u2019aussi inspirant, qui continue de vous inspirer des d\u00e9cennies plus tard. C\u2019est quelque chose d\u2019assez rare.<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Les castors touchent \u00e0 tellement d\u2019aspects de l\u2019\u00e9cologie, mais aussi aux interactions entre les humains et la faune. On peut se dire que les castors favorisent la biodiversit\u00e9. C\u2019est absolument le cas. Quand on va dans un milieu humide cr\u00e9\u00e9 par des castors, on y trouve beaucoup plus de macroinvert\u00e9br\u00e9s aquatiques, diff\u00e9rentes communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales, parfois des zones d\u2019alevinage, diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de petits mammif\u00e8res, des oiseaux chanteurs des milieux riverains, des communaut\u00e9s d\u2019amphibiens. \u00c7a, c\u2019est la base. Mais ensuite, on voit ce qu\u2019ils font \u00e0 ces milieux humides, comment ils les am\u00e9nagent et continuent de les am\u00e9nager, jusqu\u2019\u00e0 la minute o\u00f9 la glace se forme \u00e0 la surface de l\u2019\u00e9tang pour l\u2019hiver. Ils sont actifs tout ce temps-l\u00e0. Ils creusent de profonds canaux, et ces canaux peuvent s\u2019\u00e9tendre \u00e0 plus de 100 ou 200 m\u00e8tres du bord de l\u2019\u00e9tang. Et ils font tout \u00e7a avec leurs deux petites pattes avant. Ils peuvent abattre des arbres qui sont \u00e9normes, vraiment \u00e9normes. Et ils peuvent le faire en une nuit. Ils peuvent construire des barrages et inonder des vall\u00e9es enti\u00e8res. Ils peuvent b\u00e2tir des huttes et survivre aux hivers canadiens. Ils peuvent creuser dans les berges quand il le faut et survivre dans des rivi\u00e8res dont le niveau monte et descend, m\u00eame en hiver, dans des rivi\u00e8res r\u00e9gul\u00e9es. Et donc, ils ont vraiment cette capacit\u00e9 de cr\u00e9er un environnement absolument dynamique, productif et en constante \u00e9volution.<\/p>\n<p>Angela Misri: C\u2019est dr\u00f4le, parce que, vous savez, quand on pense aux castors, ou du moins, quand la plupart d\u2019entre nous pensent aux castors, on les voit comme des animaux mignons et occup\u00e9s. Mais ce dont vous parlez, c\u2019est du r\u00f4le d\u00e9mesur\u00e9 qu\u2019ils jouent dans nos \u00e9cosyst\u00e8mes. Pouvez-vous expliquer pourquoi les castors sont si importants pour les milieux humides, la faune et l\u2019environnement de fa\u00e7on plus large ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Une des choses cl\u00e9s, c\u2019est qu\u2019ils aident \u00e0 maintenir et \u00e0 cr\u00e9er des milieux humides. Et les milieux humides font partie de nos \u00e9cosyst\u00e8mes les plus productifs sur Terre. Ce sont aussi, \u00e0 peu pr\u00e8s, parmi les \u00e9cosyst\u00e8mes les plus menac\u00e9s sur la plan\u00e8te. Si on regarde le d\u00e9clin des milieux humides, m\u00eame juste dans la province de l\u2019Alberta, on a perdu plus de 70 % de nos milieux humides depuis l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Dans certaines r\u00e9gions du Canada, on en a perdu plus de 90 %. Si on pense \u00e0 ce \u00e0 quoi ressemblaient Montr\u00e9al et Toronto avant la colonisation, il y avait des milieux humides \u00e0 ces endroits-l\u00e0. Nos milieux humides c\u00f4tiers se sont vraiment d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s, et on a aussi des castors qui vivent le long des c\u00f4tes, pas n\u00e9cessairement dans l\u2019eau sal\u00e9e comme telle, mais ils sont extr\u00eamement importants pour la cr\u00e9ation de ces syst\u00e8mes au d\u00e9part. Quand on compare un \u00e9tang de castors \u00e0 un \u00e9tang sans castors, l\u2019\u00e9tang sans castors a souvent une forme assez ronde, et ses rives sont rondes ou assez uniformes. Il peut y avoir un peu de variation. Mais si on regarde un \u00e9tang cr\u00e9\u00e9 par des castors, on voit quelque chose qui ressemble \u00e0 un neurone du cerveau. Il y a plein de petits canaux qui s\u2019\u00e9tendent \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tang, qui vont vers les habitats en amont, qui cr\u00e9ent une connectivit\u00e9 aquatique, une interaction entre la nappe phr\u00e9atique et les eaux de surface, et qui cr\u00e9ent des habitats suppl\u00e9mentaires en bordure de l\u2019eau. On sait que ces interfaces entre deux habitats, ces \u00e9cotones ou \u00e9cozones, sont vraiment importantes pour la biodiversit\u00e9. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on trouve la plus grande biodiversit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9sert rencontre les prairies, ou l\u00e0 o\u00f9 la for\u00eat rencontre l\u2019oc\u00e9an. On y trouve une biodiversit\u00e9 \u00e9norme. Dans ces milieux humides cr\u00e9\u00e9s par les castors, les rives sont tr\u00e8s longues et en constante \u00e9volution. Quand les castors sont pr\u00e9sents dans ces \u00e9tangs et qu\u2019ils les modifient par rapport \u00e0 un \u00e9tang qui n\u2019a jamais eu de castors, leurs rives sont, en moyenne, plus de 575 % plus longues que celles d\u2019un \u00e9tang moyen sans castors, et \u00e7a, c\u2019est juste une moyenne. Certaines d\u00e9passent les 2 000 % si on mesure toute la longueur du rivage. Gr\u00e2ce de ces canaux, l\u2019eau est plus profonde. Ces \u00e9tangs ont un plus grand volume d\u2019eau. Et ce qui est vraiment int\u00e9ressant, c\u2019est que pendant les s\u00e9cheresses, et on en est \u00e0 notre troisi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive de s\u00e9cheresse extr\u00eame ici, dans le centre de l\u2019Alberta, ces \u00e9tangs-l\u00e0 sont les premiers \u00e0 se remplir quand les pluies reviennent. Les autres prennent beaucoup plus de temps \u00e0 se remplir parce qu\u2019ils n\u2019ont pas ces canaux qui aident \u00e0 canaliser l\u2019eau vers eux, et ils n\u2019ont pas non plus un gestionnaire actif qui essaie de garder l\u2019eau dans l\u2019\u00e9tang. M\u00eame en p\u00e9riode d\u2019inondation, les barrages de castors eux-m\u00eames peuvent retenir une quantit\u00e9 \u00e9norme d\u2019eau. M\u00eame s\u2019ils c\u00e8dent un peu sous la force de la crue, ils retiennent quand m\u00eame de l\u2019eau. La Dre Sherry Westbrook l\u2019a observ\u00e9 lors des inondations de 2013, qui ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s probl\u00e9matiques pour Calgary et toutes les communaut\u00e9s en aval des Rocheuses canadiennes.<\/p>\n<p>Angela Misri: Oui, j\u2019avais des amis dont les appartements ont \u00e9t\u00e9 inond\u00e9s, c\u2019\u00e9tait terrible. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur. Je dois te poser la question, et c\u2019est une question pas tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9e, mais je vais la poser quand m\u00eame. \u00c0 quoi servent les canaux que les castors construisent ? Je comprends pourquoi ils sont utiles pour nous et pour la biodiversit\u00e9, mais les canaux, c\u2019est pour quoi ? Pour les castors ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Ils sont plus en s\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019eau que sur la terre ferme. Ils sont beaucoup plus agiles dans l\u2019eau, donc \u00e7a leur offre une protection. \u00c7a \u00e9tend aussi un peu leur territoire. \u00c7a peut relier un \u00e9tang \u00e0 un autre. Dans ma r\u00e9gion, on n\u2019a pas beaucoup de cours d\u2019eau, alors \u00e7a peut aider \u00e0 connecter les milieux humides. Mais \u00e7a cr\u00e9e aussi de formidables voies aquatiques jusqu\u2019\u00e0 leurs zones d\u2019alimentation. Comme ce sont des mammif\u00e8res semi-aquatiques, ils vivent dans cette zone interm\u00e9diaire entre la terre et l\u2019eau, ce point d\u2019\u00e9quilibre, sur le plan \u00e9volutif, o\u00f9 les mammif\u00e8res semi-aquatiques ont trouv\u00e9 cette niche parfaite qui leur permet de vraiment bien s\u2019en tirer dans l\u2019eau tout en utilisant aussi la terre. Quand ils vont se nourrir, qu\u2019ils coupent un grand arbre et qu\u2019ils en prennent une branche, ils la tra\u00eenent sur le sol jusqu\u2019au bout du canal. Ensuite, ils peuvent faire flotter cette tige et la tirer avec leurs m\u00e2choires en nageant pour revenir. J\u2019ai m\u00eame vu des castors prendre une partie du tronc de l\u2019arbre dans leur bouche et la tirer aussi. Tout \u00e7a les aide \u00e0 \u00e9conomiser de l\u2019\u00e9nergie. Ils br\u00fblent moins de calories et ils sont capables de ramener tout \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 leur hutte. Donc, il y a toutes sortes d\u2019utilit\u00e9s \u00e0 ces canaux. Ils sont intelligents. Je les ai vus se nourrir au bord de l\u2019\u00e9tang et, disons qu\u2019un coyote arrive, ils sautent directement dans les canaux et s\u2019enfuient \u00e0 la nage.<\/p>\n<p>Angela Misri: Donc, quand vous dites que vous avez vu tout \u00e7a, est-ce que vous vivez encore aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une famille de castors \u00e0 Camrose ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: En fait, j\u2019habite au nord de Camrose, pr\u00e8s d\u2019un parc qui s\u2019appelle le parc provincial de Miquelon Lake. Tu y es d\u00e9j\u00e0 all\u00e9e, c\u2019est beau ? Oui, c\u2019est magnifique. Et il y a \u00e9norm\u00e9ment de huttes de castors dans le coin. Je suis entour\u00e9e de castors. Il y a une famille. Si je vous invitais \u00e0 prendre un th\u00e9 l\u00e0, tout de suite, on pourrait marcher peut-\u00eatre une quinzaine de m\u00e8tres depuis mon hangar \u00e0 v\u00e9lo et aller voir leur hutte d\u2019hiver.<\/p>\n<p>Angela Misri: Tu m\u2019as eue \u00e0 \u00ab entour\u00e9e de castors \u00bb et \u00ab hutte \u00bb. Voil\u00e0.<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Oui. Je suis entour\u00e9e de castors. Je peux sortir directement de chez moi et entrer dans mon terrain d\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<p>Angela Misri: Quelle est une chose qui surprendrait les Canadiens \u00e0 propos du castor ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Je vais vous donner un exemple d\u2019une chose surprenante que j\u2019ai capt\u00e9e avec une cam\u00e9ra faunique, parce que j\u2019en utilise beaucoup aussi dans mon travail. Les castors avaient abattu un arbre \u00e9norme. Ma cam\u00e9ra l\u2019a film\u00e9, on voit l\u2019arbre tomber. \u00c9videmment, ils doivent ensuite \u00e9brancher l\u2019arbre et retirer toutes les branches. Si j\u2019\u00e9tais un pr\u00e9dateur, je saurais que ces castors vont continuer de revenir \u00e0 cet endroit-l\u00e0, et je me dirais que c\u2019est un endroit parfait pour chasser. La chose suivante qui appara\u00eet sur la cam\u00e9ra, c\u2019est un coyote, un coyote qui a l\u2019air en tr\u00e8s bonne sant\u00e9. Il s\u2019approche de l\u2019arbre, puis on le voit repartir en courant. Ensuite, il revient, et on le voit encore repartir en courant. Puis, sur la troisi\u00e8me s\u00e9rie de photos, on le voit s\u2019enfuir. Et l\u00e0, il y a un castor qui descend le sentier vers lui, avec un morceau de fourrure provenant de la patte arri\u00e8re du coyote, un morceau qui lui pend de la bouche, comme pour dire \u00ab je t\u2019ai dit de ne jamais revenir \u00bb. Alors, m\u00eame s\u2019ils sont des rongeurs, et oui, ce sont les deuxi\u00e8mes plus grands rongeurs au monde apr\u00e8s le capybara en Am\u00e9rique du Sud, ils sont extr\u00eamement capables de se d\u00e9fendre, et ils n\u2019ont pas peur de s\u2019attaquer \u00e0 quelque chose qui essaie de les d\u00e9ranger.<\/p>\n<p>Angela Misri: Justement, en parlant de pr\u00e9dateurs, les castors ont \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du commerce de la fourrure, qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019exploration europ\u00e9enne, la colonisation et la transformation du territoire, et qui a \u00e9videmment eu des r\u00e9percussions sur la vie des communaut\u00e9s autochtones au passage. Quand on c\u00e9l\u00e8bre le castor comme symbole canadien, qu\u2019est-ce que vous pensez que les gens oublient souvent \u00e0 propos de cette histoire ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Eh bien, les castors ont vraiment fa\u00e7onn\u00e9 le Canada. Le Canada moderne, ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le Canada. J\u2019ai lu une citation qui disait que, sans les castors, il n\u2019y aurait pas de Canada. Si on remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Cabot est arriv\u00e9, dans les ann\u00e9es 1400, il est venu ici et, bien s\u00fbr, \u00e0 ce moment-l\u00e0,  ce qui attirait surtout l\u2019attention \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait la p\u00eache \u00e0 la morue. Il y avait un peu d\u2019\u00e9change de fourrures, mais \u00e0 petite \u00e9chelle. Ce n\u2019est vraiment que lorsque Jacques Cartier est arriv\u00e9 et a commenc\u00e9 \u00e0 explorer que \u00e7a a pris de l\u2019ampleur et que ce qui allait devenir le commerce de la fourrure a vraiment d\u00e9coll\u00e9. Il est venu en 1534, je crois que c\u2019\u00e9tait l\u2019un de ses premiers voyages, et il a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au potentiel du commerce des fourrures. Puis, lorsqu\u2019il est revenu, en 1535 je pense, il est mont\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qui est aujourd\u2019hui la r\u00e9gion de Montr\u00e9al, sur le fleuve Saint-Laurent, et a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des liens plus solides autour de la fourrure. Mais aux \u00c9tats-Unis, il se passait la m\u00eame chose avec la Compagnie n\u00e9erlandaise des Indes orientales et Henry Hudson. Le fleuve Hudson porte son nom. Et dans cette r\u00e9gion de New York, vers les ann\u00e9es 1620, ils ont pr\u00e9lev\u00e9 environ 400 peaux. Et en 1635, ils en ont pr\u00e9lev\u00e9 plus de 15 000. Et peu de temps apr\u00e8s, toute cette r\u00e9gion \u00e9tait vid\u00e9e de ses castors. Il n\u2019y en avait plus. Les gens ont donc continu\u00e9 \u00e0 pousser toujours plus loin vers l\u2019int\u00e9rieur du territoire. Mais au Canada, \u00e7a a vraiment, vraiment stimul\u00e9 l\u2019exploration du territoire par les Europ\u00e9ens, et tout \u00e7a, c\u2019\u00e9tait pour les castors. Il y avait d\u2019autres fourrures impliqu\u00e9es, mais les castors \u00e9taient vraiment l\u2019or \u00e0 poil du Canada. Et tout \u00e7a, c\u2019\u00e9tait pour un chapeau. Ces chapeaux \u00e9taient extr\u00eamement populaires, les hauts-de-forme et les chapeaux de feutre fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de peaux de castor. Vers 1510, \u00e0 tel point qu\u2019il ne restait plus que deux esp\u00e8ces de castors dans le monde, le castor d\u2019Am\u00e9rique du Nord, Castor canadensis, et le castor d\u2019Eurasie, Castor fiber. Et vers 1638, je crois qu\u2019il restait tr\u00e8s peu de castors eurasiens. Ils avaient \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement extermin\u00e9s dans la plupart des pays. Il restait encore quelques populations en Russie, en Finlande, un peu en Norv\u00e8ge, et quelques poches en France. Les Europ\u00e9ens qui sont arriv\u00e9s en Am\u00e9rique du Nord savaient donc d\u00e9j\u00e0 comment faire dispara\u00eetre une esp\u00e8ce. Ils sont venus ici et ont trouv\u00e9 cette v\u00e9ritable manne de castors. Le commerce de la fourrure s\u2019est poursuivi par la suite et, bien s\u00fbr, diff\u00e9rentes compagnies de fourrure se sont \u00e9tablies ici. La plus connue est la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1670. Et les castors \u00e9taient tellement importants pour elle que, d\u00e8s 1671, soit un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, quatre castors ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 ses armoiries.<\/p>\n<p>Angela Misri: Oui. Alors, il y a 50 ans, le Parlement a adopt\u00e9 la Loi sur les symboles nationaux du Canada, un projet de loi d\u2019une seule phrase qui d\u00e9signait officiellement le castor comme symbole national. Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est qu\u2019une partie de l\u2019\u00e9lan venait du fait qu\u2019un s\u00e9nateur de l\u2019\u00c9tat de New York avait tent\u00e9 de revendiquer le castor comme animal embl\u00e9matique de son \u00c9tat avant nous. Mais comme vous le dites, bien avant \u00e7a, le castor figurait d\u00e9j\u00e0 sur les armoiries de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson et m\u00eame sur notre tout premier timbre-poste. Avec tout cet h\u00e9ritage, selon vous, qu\u2019est-ce que ce moment de 1975 a r\u00e9ellement chang\u00e9 pour les Canadiens ? Pourquoi ce petit animal est-il rest\u00e9 aussi longtemps ancr\u00e9 dans notre imaginaire ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Je pense que \u00e7a fait tout simplement partie int\u00e9grante de notre histoire, et aussi de notre histoire esth\u00e9tique. Je veux dire, une de nos entreprises de v\u00eatements les plus connues au Canada, Roots, utilise le symbole du castor. Le Chemin de fer Canadien Pacifique utilise aussi le symbole du castor, l\u2019entreprise qui a pouss\u00e9 le chemin de fer d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays comme projet de construction nationale. On a la Monnaie royale canadienne et, en 1933, la pi\u00e8ce de cinq cents avait un castor dessus. Devinez quoi. C\u2019est toujours le cas aujourd\u2019hui. Je suis all\u00e9e \u00e0 des conf\u00e9rences en Europe, \u00e0 des congr\u00e8s scientifiques sur le castor, en fait. Et oui, il existe des conf\u00e9rences sur les castors, et les gens rient de moi. Et je me dis, eh bien, elles sont vraiment int\u00e9ressantes, vous devriez venir un jour. Mais c\u2019\u00e9tait aussi un peu un gag. Je me suis dit que j\u2019allais apporter tout un paquet de pi\u00e8ces de cinq cents et les donner \u00e0 chacun des conf\u00e9renciers, parce que j\u2019animais des s\u00e9ances et tout \u00e7a. Et les gens venaient me voir, presque en suppliant, pour avoir ces pi\u00e8ces canadiennes, simplement parce qu\u2019il y avait des castors dessus. Je n\u2019ai jamais connu un moment dans ma vie o\u00f9 les castors ne repr\u00e9sentaient pas le Canada. Voyageant au Canada, j\u2019ai vol\u00e9 dans le Nord, quand je travaillais avec Parcs Canada. On volait \u00e0 bord de Beaver et d\u2019Otter, des avions de brousse canadiens embl\u00e9matiques. \u00c7a a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Et \u00e7a a simplement sembl\u00e9 tellement juste que le castor devienne notre symbole national, le 24 mars 1975, que tout le pays adopte ce rongeur \u00e0 grosses dents, tout poilu, avec un faible pour abattre des arbres, creuser partout et provoquer des inondations. C\u2019est quand m\u00eame quelque chose. Et on montre encore cette fiert\u00e9-l\u00e0, que ce soit aux Jeux olympiques de Vancouver, avec d\u2019\u00e9normes castors gonflables qui volaient au-dessus de nous, ou aux Jeux olympiques de Montr\u00e9al, qui avaient un castor comme mascotte. C\u2019est quelque chose qui, je pense, s\u2019est infiltr\u00e9 dans qui nous sommes, de nombreuses fa\u00e7ons. Et je pense aussi qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9, c\u2019est que \u00e7a n\u2019impliquait pas seulement les Britanniques. \u00c7a n\u2019impliquait pas seulement les Fran\u00e7ais. \u00c7a impliquait aussi presque tous les peuples autochtones. Et ce trio-l\u00e0 a form\u00e9 l\u2019histoire du commerce de la fourrure au d\u00e9but du Canada, ce qui est tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce qui s\u2019est pass\u00e9 aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Angela Misri: Oui, parce que les communaut\u00e9s autochtones savent depuis des si\u00e8cles que les castors, ou amic en algonquin, sont plus que de simples animaux pour elles. Les castors fa\u00e7onnent le territoire, comme vous l\u2019avez dit, ils apportent l\u2019eau et transmettent des enseignements sur la fa\u00e7on de travailler avec la nature. Pouvez-vous partager certaines des fa\u00e7ons dont ce savoir a influenc\u00e9 notre mani\u00e8re de comprendre les castors ou de travailler avec eux aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Il existe certainement des r\u00e9cits de cr\u00e9ation autochtones, et ce n\u2019est pas \u00e0 moi de les raconter, au sujet des castors, du rat musqu\u00e9 et de la loutre, et de la fa\u00e7on dont ils ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner le monde. Il y avait m\u00eame des castors g\u00e9ants, qui ont exist\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 il y a environ 10 000 \u00e0 11 000 ans. Ils faisaient \u00e0 peu pr\u00e8s la taille d\u2019un ours noir et vivaient aux c\u00f4t\u00e9s du castor moderne. On a retrouv\u00e9 des fossiles un peu partout, jusqu\u2019\u00e0 Old Crow, au Yukon, et jusqu\u2019au nord de la Floride. Bien s\u00fbr, Castoroides ohioensis est leur nom scientifique. Castoroides fait partie de la famille des castors, et ohioensis fait r\u00e9f\u00e9rence au fait que la r\u00e9gion autour de l\u2019Ohio et des Grands Lacs compte une quantit\u00e9 impressionnante de fossiles de castors g\u00e9ants. On retrouve donc aussi des r\u00e9cits de castors g\u00e9ants dans les traditions orales et les histoires autochtones. Sur la c\u00f4te ouest de la Colombie-Britannique, il y a des peuples autochtones qui ont le castor comme nom de clan, et il appara\u00eet aussi sur certains m\u00e2ts tot\u00e9miques. Donc, encore une fois, d\u2019un oc\u00e9an \u00e0 l\u2019autre. Et maintenant, avec les changements climatiques, on retrouve aussi des castors jusque dans l\u2019Arctique. Ce n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement quelque chose qu\u2019on associait aux castors au Canada au d\u00e9part, quand on pensait \u00e0 l\u2019Arctique ou au Grand Nord, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 qui est en train d\u2019\u00e9merger avec les changements climatiques.<\/p>\n<p>Angela Misri: L\u00e0, dans ma t\u00eate, j\u2019imagine un castor g\u00e9ant contre un ours noir, un peu comme un combat \u00e0 la Mothra. Oh mon Dieu, c\u2019est incroyable. Donc, alors qu\u2019on souligne les 50 ans du castor comme symbole national officiel, qu\u2019est-ce que vous esp\u00e9rez que le castor en viendra \u00e0 repr\u00e9senter pour les Canadiens dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir, surtout en ce qui concerne la conservation et notre relation avec le monde naturel ?<\/p>\n<p>Glynnis Hood: Je dirais que la r\u00e9silience est un mot qui me vient en t\u00eate. C\u2019est une esp\u00e8ce coriace, et demandez \u00e0 n\u2019importe quel coyote \u00e0 quel point ils sont coriaces. Mais malgr\u00e9 \u00e7a, ils ont presque disparu dans de nombreuses r\u00e9gions du Canada. Vers le milieu des ann\u00e9es 1600, on ne trouvait pratiquement plus de castors pr\u00e8s du fleuve Saint-Laurent. En 1635, il n\u2019y en avait plus pr\u00e8s de Trois-Rivi\u00e8res. Et \u00e7a s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Il y a eu des extinctions locales, de la c\u00f4te est jusqu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du territoire. J\u2019habite dans les Beaver Hills, \u00e0 Miquelon, et c\u2019est le c\u0153ur d\u2019une grande partie de l\u2019activit\u00e9 li\u00e9e au commerce de la fourrure dans la r\u00e9gion d\u2019Edmonton. Il y a eu cinq Forts Edmonton, et ils chassaient tous les castors. Mais vers 1870 au plus tard, les castors avaient disparu. Il n\u2019y avait plus de castors dans les Beaver Hills. Il a fallu mettre en place des programmes concert\u00e9s de relocalisation et de r\u00e9introduction, \u00e0 Elk Island et m\u00eame plus au nord, dans le parc national Wood Buffalo, l\u00e0 o\u00f9 se trouve Fort Chipewyan, qui \u00e9tait le centre n\u00e9vralgique du commerce de la fourrure dans le Nord. Ils avaient \u00e9limin\u00e9 les castors dans de nombreuses parties de ce parc. Le parc fait 44 000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, soit la taille du Danemark, et ils ont d\u00fb transporter des castors par avion depuis le parc national de Prince Albert pour r\u00e9tablir des populations l\u00e0 o\u00f9 elles avaient compl\u00e8tement disparu. Pour moi, les castors repr\u00e9sentent donc la r\u00e9silience. Ils repr\u00e9sentent aussi l\u2019espoir et la cr\u00e9ativit\u00e9 face aux nouveaux d\u00e9fis. Les castors ont trouv\u00e9 des fa\u00e7ons de survivre dans des environnements hostiles. Ils ont trouv\u00e9 des fa\u00e7ons de prosp\u00e9rer dans des \u00e9cosyst\u00e8mes marginaux et de les transformer en oasis. Ils ont trouv\u00e9 une fa\u00e7on de s\u2019inscrire dans nos c\u0153urs et dans nos esprits comme Canadiens. M\u00eame si certaines personnes les d\u00e9testent, elles pensent quand m\u00eame \u00e0 eux. Et ils ont trouv\u00e9 une fa\u00e7on de traverser l\u2019hiver, m\u00eame en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse extr\u00eame. Je l\u2019observe en ce moment m\u00eame. C\u2019est la troisi\u00e8me ann\u00e9e de s\u00e9cheresse ici, comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, et les castors de mon \u00e9tang ont quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 passer \u00e0 travers chacune de ces s\u00e9cheresses. \u00c9videmment, \u00e7a ne pourra pas durer \u00e9ternellement si \u00e7a continue, mais ils sont encore bien install\u00e9s pour l\u2019hiver, avec une bonne r\u00e9serve de nourriture et une hutte solide. Alors je pense que \u00e7a nous donne beaucoup d\u2019espoir pour faire face aux nouveaux d\u00e9fis, faire le travail n\u00e9cessaire et regarder vers l\u2019avenir plut\u00f4t que vers le pass\u00e9, parce que si les castors regardaient en arri\u00e8re, ils seraient horrifi\u00e9s par ce que nous avons commis.<\/p>\n<p>Angela Misri: C\u2019est brillant. Merci. Merci d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 <em>Canadian Time Machine<\/em>. Ce balado re\u00e7oit du financement du gouvernement du Canada et est produit par The Walrus Lab. Cet \u00e9pisode a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par Jasmine Rach et mont\u00e9 par Nathara Imenes. Amanda Cupido est la productrice ex\u00e9cutive. Pour plus d\u2019histoires sur des moments marquants de l\u2019histoire canadienne, ainsi que pour les transcriptions anglaise et fran\u00e7aise de cet \u00e9pisode, visitez le site thewalrus.ca\/canadianheritage. Il existe aussi une version fran\u00e7aise de ce balado, intitul\u00e9e <em>Voyages dans l\u2019histoire canadienne<\/em>. Donc, si vous \u00eates bilingues et que vous voulez en \u00e9couter davantage, vous pouvez la trouver l\u00e0 o\u00f9 vous \u00e9coutez vos balados.<\/p>\n<\/div>\n<p><script>\n!function(f,b,e,v,n,t,s)\n{if(f.fbq)return;n=f.fbq=function(){n.callMethod?\nn.callMethod.apply(n,arguments):n.queue.push(arguments)};\nif(!f._fbq)f._fbq=n;n.push=n;n.loaded=!0;n.version='2.0';\nn.queue=[];t=b.createElement(e);t.async=!0;\nt.src=v;s=b.getElementsByTagName(e)[0];\ns.parentNode.insertBefore(t,s)}(window,document,'script',\n'https:\/\/connect.facebook.net\/en_US\/fbevents.js');\n fbq('init', '1090834961073306'); \nfbq('track', 'PageView');\n<\/script><br \/>\n<br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a cinquante ans, le castor est devenu officiellement un symbole national du Canada. 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