{"id":7797,"date":"2026-05-14T23:54:00","date_gmt":"2026-05-14T23:54:00","guid":{"rendered":"https:\/\/rjbarrett.redirectme.net\/?p=7797"},"modified":"2026-05-14T23:54:00","modified_gmt":"2026-05-14T23:54:00","slug":"les-coulisses-de-pouvoir-lhistoire-de-la-cour-supreme-du-canada-the-walrus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rjbarrett.redirectme.net\/?p=7797","title":{"rendered":"Les coulisses de pouvoir: l\u2019histoire de la Cour supr\u00eame du Canada | The Walrus"},"content":{"rendered":"<p><br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>Fond\u00e9e en 1875, la Cour supr\u00eame du Canada fa\u00e7onne le pays depuis 150 ans. Pourtant, les histoires derri\u00e8re ces d\u00e9cisions, son \u00e9difice et les personnes qui y ont march\u00e9 restent souvent m\u00e9connues. Pour souligner cet anniversaire, <em>Canadian Time Machine<\/em> explore les recoins plus surprenants et m\u00e9connus de la plus haute instance judiciaire du pays. <\/p>\n<p>On rencontre le cin\u00e9aste et avocat \u00c9tienne Tr\u00e9panier, dont le nouveau projet r\u00e9invente la fa\u00e7on dont les Canadiens peuvent vivre l\u2019exp\u00e9rience de la Cour a un moment de grands changements. Ensuite, l\u2019ancienne juge en chef Beverley McLachlin revient sur l\u2019institution qu\u2019elle a guid\u00e9e pendant pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies, offrant un aper\u00e7u rare de ce qui rend la Cour supr\u00eame \u00e0 la fois profond\u00e9ment humaine et r\u00e9solument canadienne.<\/p>\n<p><strong>Listen to the episode: <\/strong><br \/><iframe allow=\"autoplay *; encrypted-media *; fullscreen *; clipboard-write\" frameborder=\"0\" height=\"175\" style=\"width:100%;max-width:660px;overflow:hidden;background:transparent;\" sandbox=\"allow-forms allow-popups allow-same-origin allow-scripts allow-storage-access-by-user-activation allow-top-navigation-by-user-activation\" src=\"https:\/\/embed.podcasts.apple.com\/ca\/podcast\/inside-the-halls-of-power-stories-from-canadas\/id1671819674?i=1000739487988\"><\/iframe><\/p>\n<hr\/>\n<p>Angela Misri: Cette ann\u00e9e marque le 150e anniversaire de la Cour supr\u00eame du Canada, une \u00e9tape qui nous invite \u00e0 prendre un pas de recul et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 dans la formation de notre pays. Pour la plupart des Canadiens, la Cour supr\u00eame est un endroit \u00e9loign\u00e9 et tr\u00e8s formel, o\u00f9 se prennent des d\u00e9cisions lourdes de sens qui influencent nos vies d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019on ne voit pas toujours directement.<\/p>\n<p>Angela Misri: Bienvenue \u00e0 Voyages dans l\u2019histoire canadienne, un balado qui explore les moments marquants de l\u2019histoire de notre pays. Je m\u2019appelle Angela Misri.<\/p>\n<p>Fond\u00e9e en 1875, la Cour supr\u00eame du Canada agit comme la plus haute instance judiciaire du pays. Elle interpr\u00e8te les lois et la Constitution, et fa\u00e7onne le cadre juridique qui r\u00e9git notre vie de tous les jours. Depuis 150 ans, elle est au c\u0153ur de d\u00e9cisions marquantes, des droits et libert\u00e9s individuels aux revendications territoriales autochtones. Ses d\u00e9cisions refl\u00e8tent l\u2019\u00e9volution des valeurs et de la diversit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. Et comme j\u2019ai d\u00fb enseigner un cours de droit et d\u2019\u00e9thique ce semestre, j\u2019ai lu tellement de choses sur toutes ces d\u00e9cisions historiques cet \u00e9t\u00e9, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on m\u2019a t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 un cours complet de niveau secondaire directement dans le cerveau. C\u2019\u00e9tait fantastique, mais il y a tellement \u00e0 couvrir. Dans cet \u00e9pisode, on va donc explorer l\u2019h\u00e9ritage de la Cour supr\u00eame et voir comment son histoire est racont\u00e9e de nouvelles fa\u00e7ons. Plus tard, on rencontrera la juge en chef qui a si\u00e9g\u00e9 le plus longtemps au Canada, la tr\u00e8s honorable Beverley McLachlin, et on d\u00e9couvrira ce que \u00e7a repr\u00e9sentait pour elle de participer \u00e0 des d\u00e9cisions qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la nation. Mais d\u2019abord, faisons connaissance avec quelqu\u2019un qui a rassembl\u00e9 cette ann\u00e9e une v\u00e9ritable bande h\u00e9t\u00e9roclite de cr\u00e9ateurs canadiens pour donner vie aux couloirs et \u00e0 l\u2019histoire de la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Alors, je m\u2019appelle \u00c9tienne Tr\u00e9panier. Je suis avocat, cin\u00e9aste et producteur. Je suis maintenant bas\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 avocat pratiquant pendant 25 ans au minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p>Angela Misri: En 2020, au tout d\u00e9but de la pand\u00e9mie, \u00c9tienne a propos\u00e9 l\u2019id\u00e9e qui allait devenir jurivision.ca, h\u00e9berg\u00e9e \u00e0 la Facult\u00e9 de droit de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. C\u2019est une plateforme audiovisuelle qui utilise des vid\u00e9os, du contenu interactif et m\u00eame du jeu pour rendre les connaissances juridiques plus accessibles. Au lieu d\u2019avoir \u00e0 se plonger dans des documents judiciaires assez denses, les Canadiens peuvent maintenant interagir avec le droit de fa\u00e7on claire, pratique et m\u00eame un peu amusante. J\u2019aurais tellement aim\u00e9 avoir \u00e7a cet \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec des professeurs qui ont \u00e9norm\u00e9ment de connaissances et d\u2019excellentes id\u00e9es, mais qui ne peuvent pas toujours les concr\u00e9tiser, vous savez, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas les comp\u00e9tences techniques, le temps ou m\u00eame les ressources financi\u00e8res. Donc, j\u2019ai un peu jou\u00e9 le r\u00f4le de vecteur, de producteur, pour les aider \u00e0 connecter leurs id\u00e9es avec des cr\u00e9ateurs qui, eux, ont ces comp\u00e9tences-l\u00e0. Au Canada, on a une communaut\u00e9 de cr\u00e9ateurs vraiment fantastique et tr\u00e8s riche, en vid\u00e9o, en audio, en jeux. Alors, comment prendre ce savoir-l\u00e0 dans les universit\u00e9s et dans la pratique juridique, et le rendre disponible sous de nouveaux formats ?<\/p>\n<p>Angela Misri: Gr\u00e2ce \u00e0 un lien solide et continu avec la Cour supr\u00eame, l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa est particuli\u00e8rement bien plac\u00e9e pour faire na\u00eetre des projets comme celui-l\u00e0. Elle a un acc\u00e8s que bien d\u2019autres universit\u00e9s ne peuvent qu\u2019envier.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Parce que notre facult\u00e9, ici \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa, d\u2019abord, parce qu\u2019on est \u00e0 Ottawa, entretient de tr\u00e8s bonnes relations avec les juges. \u00c0 chaque fois qu\u2019un nouveau juge est nomm\u00e9 \u00e0 la Cour, il y a un \u00e9v\u00e9nement ici \u00e0 la facult\u00e9 o\u00f9 on accueille ce nouveau juge. C\u2019est une tradition, et \u00e7a se poursuit depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Angela Misri: Alors, \u00e0 mesure que le 150e anniversaire de la Cour supr\u00eame approchait, \u00e7a semblait tout \u00e0 fait naturel que l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa collabore avec la Cour sur un projet comm\u00e9moratif, une sorte de projet d\u2019h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: C\u2019est vraiment un projet canadien, parce qu\u2019on avait une \u00e9quipe qui venait du Qu\u00e9bec, de l\u2019Ontario, on avait la musique originale\u2026 C\u2019est une entreprise autochtone de Wendake, Qu\u00e9bec, qui a fait tout le graphisme. Notre cin\u00e9aste, Julie Corbeil, et l\u2019\u00e9quipe qui s\u2019est occup\u00e9e du marketing sont bas\u00e9es \u00e0 Toronto. C\u2019\u00e9tait une \u00e9norme \u00e9quipe. Pour moi, c\u2019est probablement le plus gros projet sur lequel j\u2019ai travaill\u00e9.<\/p>\n<p>Angela Misri: Et c\u2019est ainsi qu\u2019Exp\u00e9rience Cour supr\u00eame est n\u00e9e. Elle comporte deux volets principaux. Le premier, un docu-cours interactif intitul\u00e9 Cl\u00e9s de la Cour. Le second, un jeu vid\u00e9o immersif appel\u00e9 \u00c9chos de la Cour.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Tu es concierge de nuit, il n\u2019y a personne dans l\u2019\u00e9difice, et tu as quelques t\u00e2ches, des t\u00e2ches normales de concierge, nettoyer, vider les poubelles, mais tu es aussi \u00e9crivain. Au d\u00e9but du jeu, la juge en chef te dit : \u00ab Oh\u2026 <\/p>\n<p>Extrait sonore du jeu: \u00ab \u2026 Je viens d\u2019apprendre que, sur votre temps libre, vous \u00e9crivez un roman inspir\u00e9 des histoires de celles et ceux qui sont pass\u00e9s par cette Cour. Je trouve que c\u2019est une id\u00e9e remarquable. Je suis certaine que vous trouverez de l\u2019inspiration pendant vos quarts de nuit. Si vous tendez l\u2019oreille, si vous portez attention, vous remarquerez que les murs parlent. Ils portent l\u2019\u00e9cho de tous ceux qui ont travers\u00e9 la Cour. \u00bb<\/p>\n<p>Angela Misri: Le jeu se d\u00e9roule en vue \u00e0 la premi\u00e8re personne. Donc tu commences debout dans le grand hall d\u2019entr\u00e9e de la Cour supr\u00eame. Tu es seul, et c\u2019est silencieux. Si tu regardes par la fen\u00eatre, tu vois clairement qu\u2019il est tard, un soir de neige. Les seuls sons, ce sont tes pas et la musique originale du jeu, une pi\u00e8ce pour piano douce et un peu vagabonde, qui change de ton \u00e0 mesure que tu avances dans l\u2019\u00e9difice. Tu as la Cour supr\u00eame du Canada pour toi tout seul, et tu marches, tu sautes, tu observes et tu interagis avec des objets cach\u00e9s comme des brochures, des lettres, des photos, pendant que tu explores les lieux chaque nuit.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Il y a de petits objets que tu peux trouver, qui sont cach\u00e9s. Des sous-verres, par exemple, oui, des sous-verres \u00e0 la Cour supr\u00eame. Quand on a fait la num\u00e9risation des lieux, l\u2019\u00e9quipe technique qui \u00e9tait avec nous \u00e9tait vraiment impressionn\u00e9e par tous ces sous-verres dans la salle et tout \u00e7a. Alors on a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en cr\u00e9er une version num\u00e9rique et de les cacher \u00e0 diff\u00e9rents endroits.<\/p>\n<p>Angela Misri: En fait, chaque d\u00e9tail dans le jeu a \u00e9t\u00e9 num\u00e9ris\u00e9 \u00e0 partir des vrais \u00e9l\u00e9ments, ce qui le rend aussi fid\u00e8le que ce que peut afficher l\u2019\u00e9cran de ton t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Tu peux m\u00eame trouver une pi\u00e8ce d\u2019un dollar. La Monnaie royale canadienne a \u00e9mis une nouvelle pi\u00e8ce sp\u00e9cialement pour le 150e anniversaire de la Cour supr\u00eame. Donc sa version num\u00e9rique est aussi cach\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents endroits.<\/p>\n<p>Angela Misri: Et \u00e0 mesure que tu d\u00e9couvres de nouveaux objets, que tu avances dans la Cour, que tu passes la vadrouille pour enlever les taches de sel sur le plancher et que tu \u00e9cris ton roman petit \u00e0 petit, tu entends vraiment les \u00e9chos de la Cour.<\/p>\n<p>Excerpt 1: \u00ab \u00c7a revenait \u00e0 me demander si je voulais aller \u00e0 la Cour supr\u00eame. Si je disais non, que je ne voulais pas y aller, alors on n\u2019allait pas \u00e0 la Cour supr\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Excerpt 2: \u00ab Il va y avoir des d\u00e9fis quand on va d\u00e9fendre cette cause, il va toujours y avoir des m\u00e9dias autour de toi, il va y avoir des questions, il va y avoir plein de choses. Il va aussi y avoir des enjeux financiers. \u00bb<\/p>\n<p>Excerpt 3: \u00ab En gardant en t\u00eate que c\u2019\u00e9tait en 1970, r\u00e9aliser qu\u2019on avait perdu d\u2019une seule voix, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 vraiment difficile. Parce que ce que je ressentais, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois cette impression de perte et cette croyance profonde en la justice. \u00bb<\/p>\n<p>Angela Misri: Ce sont les v\u00e9ritables voix des juges, des avocats et des citoyens canadiens qui ont travaill\u00e9 sur ces causes marquantes.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier  7:34<br \/>Notre premier objectif, c\u2019\u00e9tait de permettre aux gens de vivre, vous savez, l\u2019aspect humain du passage \u00e0 la Cour. Quelqu\u2019un qui entre dans \u00c9chos de la Cour va vraiment vivre l\u2019exp\u00e9rience humaine de la Cour, l\u2019avocat stress\u00e9 avant l\u2019audience, le juge qui se demande s\u2019il devrait poser une question ou non, la personne qui a perdu et qui a peut-\u00eatre eu l\u2019impression que la justice n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rendue.<\/p>\n<p>Angela Misri: \u00c9tienne estime qu\u2019au total, il a fallu environ 40 personnes pour cr\u00e9er Exp\u00e9rience Cour supr\u00eame, ce qui inclut le docu-cours et le jeu. Et ce qui pouvait sembler un projet tr\u00e8s ambitieux, avec plusieurs volets, s\u2019est en fait r\u00e9alis\u00e9 sans probl\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Et du point de vue de la production, je savais qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, les deux allaient se rejoindre d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Je ne savais pas exactement comment, mais je savais qu\u2019ils finiraient par se rencontrer, et c\u2019est effectivement ce qui est arriv\u00e9. Parce que quand tu regardes le jeu, il y a des portions du jeu qui sont tir\u00e9es de certaines des entrevues qu\u2019on a faites pour le docu-cours. Et quand tu regardes le docu-cours, il y a des \u00e9l\u00e9ments graphiques et des aspects qui viennent du jeu. Donc, avec le recul, c\u2019\u00e9tait vraiment une tr\u00e8s bonne d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Angela Misri: Le docu-cours Cl\u00e9s de la Cour t\u2019offre aussi une perspective diff\u00e9rente sur certaines des causes les plus c\u00e9l\u00e8bres du Canada, peut-\u00eatre diff\u00e9rente de celle \u00e0 laquelle tu es habitu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s important pour nous de ne pas avoir seulement la perspective des juges et des avocats. On est donc all\u00e9s rencontrer cinq Canadiens, d\u2019un oc\u00e9an \u00e0 l\u2019autre, qui ont v\u00e9cu l\u2019exp\u00e9rience de la Cour supr\u00eame.<\/p>\n<p>Angela Misri: Parmi les histoires, il y a celle d\u2019une femme qui revendique de nouveau son statut autochtone, celle d\u2019un homme qui transforme une blessure personnelle en lutte pour les droits des personnes handicap\u00e9es, et celle d\u2019une m\u00e8re francophone en Colombie-Britannique qui se bat pour que ses enfants aient acc\u00e8s \u00e0 des installations scolaires \u00e9quivalentes.<\/p>\n<p>Et entre le docu-cours et le jeu, Exp\u00e9rience Cour supr\u00eame est sur le point de devenir la seule fa\u00e7on de d\u00e9couvrir le b\u00e2timent tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Angela Misri: Tu peux d\u00e9couvrir tout le riche environnement de ce v\u00e9ritable tr\u00e9sor national qu\u2019est ce b\u00e2timent, con\u00e7u par l\u2019architecte M. Cormier, qui travaillait alors sous Mackenzie King, dans les ann\u00e9es 1930 et 1940. C\u2019est un \u00e9difice incroyable, dont on devrait tous \u00eatre fiers. Il devra fermer pour les dix prochaines ann\u00e9es, parce qu\u2019on doit y faire des r\u00e9novations majeures, un peu comme celles qui sont en cours en ce moment sur la Colline du Parlement. Alors notre jeu va \u00eatre la seule fa\u00e7on de visiter ce b\u00e2timent pendant les dix prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Angela Misri: Depuis son lancement en octobre, Exp\u00e9rience Cour supr\u00eame a d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9 des milliers de visiteurs, des centaines de t\u00e9l\u00e9chargements et beaucoup de visibilit\u00e9 d\u00e8s les d\u00e9buts sur les r\u00e9seaux sociaux. Mais \u00c9tienne dit que les commentaires les plus surprenants sont venus d\u2019autres enseignants.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Des professeurs de droit ou des enseignants de droit au secondaire nous ont contact\u00e9s pour nous dire \u00ab Je veux travailler avec vous et votre \u00e9quipe pour adapter ce contenu et l\u2019utiliser dans ma classe. \u00bb L\u2019une des professeures nous a m\u00eame dit que l\u2019outil le plus r\u00e9cent qu\u2019elle avait pour enseigner la Cour supr\u00eame, c\u2019\u00e9tait un vieux documentaire de CPAC qui datait de vingt ans\u2026 alors elle \u00e9tait vraiment emball\u00e9e que ce nouvel outil existe. On entre donc clairement dans ce que j\u2019appelle la phase deux du projet : essayer d\u2019amener nos bailleurs de fonds et nos partenaires \u00e0 prendre ce contenu et \u00e0 trouver des fa\u00e7ons de l\u2019adapter, que ce soit par des guides ou des ateliers, pour ce public pr\u00e9cis, celui des \u00e9l\u00e8ves du secondaire.<\/p>\n<p>Angela Misri: Sous bien des aspects, la mission derri\u00e8re Exp\u00e9rience Cour supr\u00eame ressemble \u00e0 ce qu\u2019on fait ici \u00e0 Voyages dans l\u2019histoire canadienne : prendre des histoires complexes, les d\u00e9cortiquer et les rendre int\u00e9ressantes et accessibles pour des publics partout au pays.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Tr\u00e9panier: Donc, c\u2019est notre travail, comme cr\u00e9ateurs, comme enseignants et comme universit\u00e9s, je pense, de se regrouper pour cr\u00e9er du contenu qui capte vraiment l\u2019int\u00e9r\u00eat. C\u2019est une mission qu\u2019on doit porter : trouver des fa\u00e7ons originales de rejoindre ce public avec du contenu pertinent et intelligent, ce que j\u2019appelle du contenu bas\u00e9 sur le savoir, mais qui soit aussi engageant en m\u00eame temps. C\u2019est ce qu\u2019on a essay\u00e9 de faire. J\u2019esp\u00e8re que les gens vont aimer \u00e7a.<\/p>\n<p>Angela Misri: Le travail d\u2019\u00c9tienne r\u00e9unit le droit, l\u2019histoire et l\u2019art de raconter d\u2019une mani\u00e8re qui nous invite tous \u00e0 entrer virtuellement, du moins, dans la Cour supr\u00eame pour y jeter un regard de plus pr\u00e8s. Et maintenant, on entend quelqu\u2019un qui a r\u00e9ellement parcouru ces couloirs : la juge en chef qui a si\u00e9g\u00e9 le plus longtemps au Canada, la tr\u00e8s honorable Beverley McLachlin. Elle va nous parler de ce que \u00e7a repr\u00e9sentait de rendre des d\u00e9cisions qui ont fa\u00e7onn\u00e9 le droit canadien, et nous partager quelques histoires de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du banc des juges. Juge en chef McLachlin, merci beaucoup d\u2019\u00eatre avec nous. <\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin<br \/>Merci. Je suis ravie d\u2019\u00eatre ici. <\/p>\n<p>Angela Misri: Vous avez d\u00e9j\u00e0 dit que la Cour supr\u00eame avait un caract\u00e8re clairement canadien. De votre point de vue de juge en chef, qu\u2019est-ce qui distingue vraiment notre Cour, autant chez nous qu\u2019\u00e0 l\u2019international ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Eh bien, notre Cour a un caract\u00e8re particulier parce qu\u2019elle refl\u00e8te la nature distincte de notre culture juridique et de notre pays. Les traditions juridiques de base que nous avons re\u00e7ues venaient de l\u2019Angleterre, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la fondation du pays. Jusqu\u2019en 1950, le Comit\u00e9 judiciaire du Conseil priv\u00e9 \u00e9tait d\u2019ailleurs la derni\u00e8re instance d\u2019appel. Il y avait donc une distinction, m\u00eame si la Cour supr\u00eame existait depuis 1875, elle n\u2019\u00e9tait pas la cour d\u2019appel finale. Aujourd\u2019hui, comme dans la plupart des pays, la Cour supr\u00eame est bel et bien la derni\u00e8re instance. Cette distinction-l\u00e0 n\u2019existe plus. Un autre \u00e9l\u00e9ment qui nous rend vraiment distincts, c\u2019est l\u2019adoption de la Charte des droits et libert\u00e9s en 1982, un document vraiment unique. Il a ses d\u00e9tracteurs, mais il est tr\u00e8s largement admir\u00e9 dans le monde, et les gens admirent le Canada pour avoir adopt\u00e9 une telle Charte, et admirent notre Cour pour l\u2019avoir interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on solide, de mani\u00e8re \u00e0 donner v\u00e9ritablement effet aux droits et libert\u00e9s. Et en ce moment, on voit revenir le d\u00e9bat autour d\u2019une autre particularit\u00e9. Pour que la Charte passe, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau et ses collaborateurs avaient accept\u00e9 d\u2019y inclure la clause d\u00e9rogatoire, \u00e0 l\u2019article 33. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, cette clause a eu peu d\u2019impact, mais maintenant, on la voit r\u00e9appara\u00eetre. Alors les gens regardent le Canada et se demandent \u00ab Ah, qu\u2019est-ce que c\u2019est, cette clause d\u00e9rogatoire ? \u00bb et \u00e7a nous rend uniques. Donc, \u00e0 bien des \u00e9gards, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 une jurisprudence vraiment unique et un syst\u00e8me judiciaire qui l\u2019est tout autant.<\/p>\n<p>Angela Misri: Oui, la clause d\u00e9rogatoire comme journaliste, c\u2019est un sujet qui est revenu tellement souvent dans les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de journalisme, alors qu\u2019on n\u2019en parlait presque pas avant. Donc oui, c\u2019est particulier, je ne sais pas si c\u2019est positif, mais c\u2019est certainement une particularit\u00e9 qu\u2019on a en ce moment. Alors, au fil de vos ann\u00e9es \u00e0 la Cour, comment avez-vous vu l\u2019institution \u00e9voluer pour refl\u00e9ter la diversit\u00e9 des points de vue \u00e0 travers le Canada ? Ou l\u2019avez-vous vu \u00e9voluer ? Je ne veux pas poser une question orient\u00e9e\u2026 l\u2019avez-vous vue \u00e9voluer ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Ah oui, \u00e9norm\u00e9ment. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 pratiquer le droit, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le monde juridique \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019hommes. Si vous regardiez les tribunaux, c\u2019\u00e9taient des hommes \u00e2g\u00e9s, presque tous blancs, caucasiens, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Donc \u00e7a repr\u00e9sentait une mince portion de la soci\u00e9t\u00e9, si on peut dire. Et m\u00eame chez les avocats qui pratiquaient, il y avait tr\u00e8s peu de femmes, et du c\u00f4t\u00e9 du l\u00e9gislatif non plus, il n\u2019y en avait pas beaucoup. Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout un syst\u00e8me diversifi\u00e9. On ne reconnaissait pas pleinement l\u2019histoire et les droits des peuples autochtones. On n\u2019avait m\u00eame pas le langage pour en parler. Et notre soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si \u00e7a commen\u00e7ait, ne refl\u00e9tait pas encore vraiment l\u2019immigration provenant de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde. C\u2019en \u00e9tait seulement aux d\u00e9buts. La plupart du temps, le paysage \u00e9tait tr\u00e8s homog\u00e8ne : blanc, caucasien, etc. Et les personnes racis\u00e9es, les Autochtones, les gens issus d\u2019autres milieux que la majorit\u00e9 voyaient le droit comme quelque chose d\u2019\u00e9tranger, quelque chose qui ne les repr\u00e9sentait pas. Ils \u00e9taient tr\u00e8s, tr\u00e8s r\u00e9ticents \u00e0 s\u2019y engager. Et lorsqu\u2019ils s\u2019y retrouvaient, c\u2019\u00e9tait presque toujours dans un contexte n\u00e9gatif, accus\u00e9s d\u2019un crime, ou parce qu\u2019on leur reprochait quelque chose, et ainsi de suite. Aujourd\u2019hui, tout \u00e7a a compl\u00e8tement chang\u00e9. Au milieu des ann\u00e9es 1970, on a vu arriver beaucoup plus de femmes dans le milieu juridique. Et graduellement, il y en a eu davantage sur le banc des juges. \u00c7a s\u2019est poursuivi. Il y a eu une v\u00e9ritable pouss\u00e9e pour favoriser la diversit\u00e9 ethnique au sein de nos tribunaux, pour assurer une repr\u00e9sentation autochtone, et pour reconna\u00eetre la valeur d\u2019un syst\u00e8me judiciaire qui refl\u00e8te r\u00e9ellement la population qu\u2019il sert.<\/p>\n<p>Angela Misri: Je veux dire\u2026 dix-huit ans \u00e0 marcher dans les couloirs de la Cour supr\u00eame, plus que n\u2019importe quel juge en chef, au-del\u00e0 des grandes causes, qui doivent certainement ressortir dans votre m\u00e9moire, y a-t-il un moment ou un souvenir qui capte vraiment ce que \u00e7a faisait, au quotidien, d\u2019occuper ce r\u00f4le-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Ah, c\u2019est tellement difficile de choisir des moments, parce qu\u2019il y en a eu \u00e9norm\u00e9ment. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 juge \u00e0 la Cour supr\u00eame pendant neuf ans, puis ensuite presque dix-huit ans comme juge en chef. Et il y a eu tant de moments, certains m\u2019ont appris l\u2019humilit\u00e9, d\u2019autres m\u2019ont rendue tr\u00e8s fi\u00e8re. La partie \u00ab humilit\u00e9 \u00bb est venue du fait que, comme juge en chef, on porte une responsabilit\u00e9, on pense d\u2019abord au fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral de la Cour, et on se demande comment on va arriver \u00e0 assumer tout \u00e7a. Quatre jours apr\u00e8s ma nomination, j\u2019ai re\u00e7u un appel d\u2019un ami, un ancien juge en chef d\u2019un \u00c9tat am\u00e9ricain, en Californie. Apr\u00e8s les f\u00e9licitations d\u2019usage, il m\u2019a dit \u00ab Ne t\u2019emballe pas trop. On te remet les r\u00eanes du pouvoir, mais tu vas mettre environ deux jours \u00e0 d\u00e9couvrir qu\u2019elles ne sont rattach\u00e9es \u00e0 rien. \u00bb Et il avait absolument raison. Ce r\u00f4le demande un type de leadership tr\u00e8s particulier, un leadership par l\u2019exemple, par une direction subtile, si on peut appeler \u00e7a une direction, mais surtout un leadership qui consiste \u00e0 encourager chacun \u00e0 donner le meilleur de lui-m\u00eame. C\u2019est ce que j\u2019ai choisi de faire. Je n\u2019avais aucun pouvoir d\u2019embauche, de cong\u00e9diement, de promotion ou de non-promotion. Et chaque juge, comme vous le savez, est enti\u00e8rement ind\u00e9pendant. Donc, la Cour ne fonctionne pas du tout comme un mod\u00e8le organisationnel classique. Il faut exercer son leadership de mani\u00e8re coll\u00e9giale, rassembler tout le monde, encourager le travail commun. C\u2019est parfois extr\u00eamement difficile, pour tout le monde, parce que, souvent, il est plus simple d\u2019aller \u00e9crire son propre jugement, de le terminer et de passer \u00e0 autre chose. Mais dans un contexte coll\u00e9gial, il faut \u00e9couter ses coll\u00e8gues, vraiment \u00e9couter, tenir compte de ce qu\u2019ils disent, puis essayer de dig\u00e9rer tout \u00e7a pour voir si cela modifie notre propre point de vue. Bertha Wilson, la premi\u00e8re femme nomm\u00e9e \u00e0 la Cour supr\u00eame, m\u2019a dit quelque chose de tr\u00e8s profond, peu apr\u00e8s ma prestation de serment. Je lui avais demand\u00e9 quelle \u00e9tait sa philosophie du r\u00f4le de juge, et elle m\u2019a r\u00e9pondu \u00ab Je crois que les Canadiens n\u2019ont pas droit \u00e0 neuf opinions individuelles de neuf juges sur chaque question. Ils ont droit aux opinions de chaque juge apr\u00e8s que ce juge ait \u00e9cout\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 les points de vue de tous ses coll\u00e8gues. \u00bb C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s juste, et j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019appliquer ce principe tout au long de mon mandat comme juge en chef. Pour ce qui est des moments marquants, il y en a tant\u2026 peut-\u00eatre pas un seul moment qui ressort au-dessus de tous les autres, mais plusieurs grands d\u00e9veloppements qui m\u2019ont profond\u00e9ment touch\u00e9e. Par exemple, les avanc\u00e9es en droit autochtone. Voir enfin les droits des Premi\u00e8res Nations \u00eatre reconnus m\u2019a apport\u00e9 une immense joie. La Cour, dans ses premi\u00e8res d\u00e9cisions, a laiss\u00e9 entendre que nous \u00e9tions tous ici pour rester, et qu\u2019il fallait trouver un chemin vers la r\u00e9conciliation. Voir les gouvernements et la soci\u00e9t\u00e9 canadienne, en g\u00e9n\u00e9ral, s\u2019engager dans ce projet avec ouverture, avec gr\u00e2ce, avec enthousiasme dans bien des cas, a \u00e9t\u00e9 un vrai point culminant de ma carri\u00e8re. Et puis, les progr\u00e8s en mati\u00e8re d\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres ont \u00e9t\u00e9 extraordinaires. Il y a eu de nombreuses causes o\u00f9 nous avons pu faire avancer ces droits et nous rapprocher d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement \u00e9galitaire pour tout le monde.<\/p>\n<p>Angela Misri: Vous avez d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit le r\u00f4le de juge comme un exercice d\u2019imagination active, o\u00f9 l\u2019on se met compl\u00e8tement \u00e0 la place des personnes devant soi. Comment cette approche aide-t-elle \u00e0 mieux comprendre l\u2019importance d\u2019outils comme le test de Oakes et l\u2019\u00e9quilibre qu\u2019il cherche \u00e0 \u00e9tablir entre les droits individuels et les besoins de la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au jugement comme \u00e0 un acte d\u2019imagination, je l\u2019envisageais comme le ferait un juge de premi\u00e8re instance. Vous avez devant vous deux personnes, ou parfois plus, mais pour simplifier, disons deux protagonistes, ou encore la Couronne et un accus\u00e9. Ils ont des visions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes de l\u2019issue de la cause. Ils racontent souvent des histoires diff\u00e9rentes, et ils avancent des arguments diff\u00e9rents sur la fa\u00e7on dont la loi devrait s\u2019appliquer. Et je consid\u00e9rais que mon r\u00f4le, comme juge, \u00e9tait de comprendre chacun de ces protagonistes du mieux possible. Et je le faisais par ce que j\u2019appelais un acte d\u2019imagination, un peu comme un acteur qui d\u00e9cide de se glisser dans la peau du personnage qu\u2019il interpr\u00e8te : qu\u2019est-ce que \u00e7a ferait d\u2019\u00eatre \u00e0 la place de cette personne ? Et \u00e7a demande de l\u2019imagination, parce que vous \u00eates qui vous \u00eates, comme juge, vous venez d\u2019un certain milieu, d\u2019un certain contexte social. \u00c7a m\u2019a beaucoup aid\u00e9e d\u2019essayer de me mettre dans la position des parties devant moi. J\u2019avais l\u2019impression que mes jugements devenaient plus justes, parce que m\u00eame si quelqu\u2019un \u00e9tait accus\u00e9 d\u2019un crime odieux, je devais essayer de comprendre ce que c\u2019\u00e9tait pour lui, ce que le syst\u00e8me lui devait, et pourquoi il ou elle avait pu agir ainsi. \u00c7a aidait particuli\u00e8rement au moment de la d\u00e9termination de la peine. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 cette id\u00e9e de, de fa\u00e7on consciente, essayer de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une cause des deux points de vue. Et je constatais que lorsqu\u2019il y avait un probl\u00e8me dans le travail de juger, c\u2019est que certains juges arrivaient avec une perspective tr\u00e8s fa\u00e7onn\u00e9e par qui ils \u00e9taient et d\u2019o\u00f9 ils venaient. Ils d\u00e9cidaient tr\u00e8s t\u00f4t dans la cause \u00ab Cette personne ment \u00bb, ou \u00ab Voici comment le droit doit s\u2019appliquer \u00bb. Et cette attitude bloquait toute exploration plus approfondie de ce qui \u00e9tait juste ou pas dans l\u2019affaire. Moi, je voulais \u00eatre une juge qui explore, et cette d\u00e9marche m\u2019a servi d\u2019outil. Maintenant, vous me demandez comment cela s\u2019applique, en termes abstraits, \u00e0 un principe juridique, par exemple une question relative \u00e0 la Charte. Sous le test de Oakes, vous avez une atteinte possible \u00e0 un droit, mais le gouvernement, ou la partie \u00e9tatique, peut pr\u00e9senter des arguments et de la preuve pour soutenir que les avantages de cette atteinte d\u00e9passent l\u2019importance de prot\u00e9ger enti\u00e8rement le droit menac\u00e9. C\u2019est donc un test d\u2019\u00e9quilibre. Et l\u00e0 aussi, on fait une analyse \u00e0 haut niveau. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019importance de l\u2019objectif gouvernemental, \u00e0 ce que l\u2019\u00c9tat essaie de faire. Il faut se demander si la mesure va trop loin, et sous le test de Oakes, c\u2019est souvent le cas. Comment fait-on cela ? Il faut comprendre le probl\u00e8me le mieux possible. Et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il faut comprendre ce que la protection du droit signifie pour la personne ou le groupe concern\u00e9. Donc, c\u2019est le m\u00eame m\u00e9canisme : essayer de comprendre r\u00e9ellement les deux points de vue.<\/p>\n<p>Angela Misri: Un autre arr\u00eat marquant est Delgamuukw contre la Colombie-Britannique, rendu en 1997, qui est devenu fondamental pour les droits territoriaux autochtones. Compte tenu de votre contact pr\u00e9coce avec les communaut\u00e9s autochtones en Alberta et de votre longue perspective sur l\u2019\u00e9volution du droit, selon vous, qu\u2019est-ce que cette d\u00e9cision a chang\u00e9 dans le droit canadien et dans la soci\u00e9t\u00e9 canadienne ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Eh bien, c\u2019\u00e9tait l\u2019une des premi\u00e8res d\u00e9cisions importantes, il y en a eu plusieurs, mais Delgamuukw portait vraiment sur la question de savoir si le droit canadien devait reconna\u00eetre les pratiques et les droits autochtones, leur accorder une certaine forme de priorit\u00e9, et, si oui, laquelle. L\u2019arr\u00eat portait aussi sur la question de ce qu\u2019on appelle la preuve orale historique. La situation des peuples autochtones \u00e9tait la suivante : leur mani\u00e8re de conserver leurs archives n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame que celle des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. Ils n\u2019avaient pas d\u2019actes de propri\u00e9t\u00e9, pas de lettres disant \u00ab Vous poss\u00e9dez ceci \u00bb, ou \u00ab Vous avez toujours eu le droit de p\u00eacher dans ces eaux, et vos anc\u00eatres aussi, voici les permis de p\u00eache \u00bb. Ils ne pouvaient pas pr\u00e9senter ce genre de preuve. Leur fa\u00e7on de pr\u00e9server leur histoire consistait \u00e0 la transmettre d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, par l\u2019entremise de personnes d\u00e9sign\u00e9es pour porter ce savoir et conserver la m\u00e9moire du pass\u00e9. Ces personnes connaissaient l\u2019histoire compl\u00e8te de leur peuple. C\u2019\u00e9tait ainsi que chaque g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9servait son histoire et sa culture. L\u2019une des questions dans Delgamuukw \u00e9tait donc : est-ce que les tribunaux peuvent admettre cette preuve orale ? Normalement, selon les r\u00e8gles de preuve, on ne peut pas admettre une d\u00e9claration portant sur des faits que la personne n\u2019a pas vus elle-m\u00eame. On appelle \u00e7a du \u00ab ou\u00ef-dire \u00bb. Et ici, c\u2019\u00e9tait du \u00ab ou\u00ef-dire \u00bb \u00e0 grande \u00e9chelle. Les premiers tribunaux, la Cour supr\u00eame de la Colombie-Britannique et la Cour d\u2019appel, ont rejet\u00e9 cette preuve. Je crois que la Cour d\u2019appel l\u2019a l\u00e9g\u00e8rement modul\u00e9e, mais en premi\u00e8re instance, on a dit \u00ab Non, on ne peut pas admettre cela, ce ne serait pas fiable. \u00bb Si cette conclusion avait \u00e9t\u00e9 maintenue, je pense qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement difficile, voire impossible, pour les peuples autochtones de prouver leurs revendications. Ils n\u2019avaient tout simplement pas les documents \u00e9crits sur lesquels on se serait normalement appuy\u00e9. Mais la Cour supr\u00eame du Canada a confirm\u00e9 que oui, cette preuve pouvait \u00eatre admise, \u00e0 condition qu\u2019il y ait des garanties de fiabilit\u00e9. La personne devait d\u00e9montrer qu\u2019elle \u00e9tait ce qu\u2019on appelait un gardien du savoir, ou l\u2019\u00e9quivalent dans sa culture, expliquer les traditions, puis donner une preuve pr\u00e9cise de ce que leurs anc\u00eatres avaient fait. Dans Delgamuukw, on traitait des droits de p\u00eache dans la r\u00e9gion des Basses-terres continentales en Colombie-Britannique, ainsi que de certaines pratiques culturelles. Les t\u00e9moins en ont parl\u00e9, et cette preuve a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e. Je crois aussi que cette d\u00e9cision, comme je l\u2019ai mentionn\u00e9 plus t\u00f4t, contient d\u00e9j\u00e0 les germes de l\u2019id\u00e9e contemporaine de r\u00e9conciliation entre les Peuples autochtones et ceux qui sont arriv\u00e9s apr\u00e8s. Dans son jugement, le juge en chef Lamer a \u00e9crit, en substance \u00ab Acceptons-le, nous sommes tous ici pour rester. \u00bb C\u2019\u00e9tait une invitation \u00e0 aller de l\u2019avant, dans un esprit de justice, de coop\u00e9ration et de r\u00e9conciliation, ce qui, depuis, s\u2019est r\u00e9ellement amorc\u00e9.<\/p>\n<p>Angela Misri: Alors que la Cour souligne son 150e anniversaire, et en tant que personne qui a contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner son \u00e8re moderne, qu\u2019esp\u00e9rez-vous que les Canadiens comprennent du r\u00f4le de la Cour supr\u00eame dans l\u2019histoire de notre pays, et de la direction qu\u2019elle prendra pour la suite ?<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Oh, \u00e7a fait deux questions, mais pas cent, heureusement. Bon\u2026 le r\u00f4le de la Cour, c\u2019est de trancher les questions juridiques \u00e9pineuses qui surgissent de temps \u00e0 autre au pays. \u00c7a peut aller du droit criminel au droit commercial, jusqu\u2019aux grandes questions de droit constitutionnel ou de droits autochtones, et parfois m\u00eame des enjeux de droit international. Nous avons trois branches de gouvernement : le Parlement ou les l\u00e9gislatures, l\u2019ex\u00e9cutif, c\u2019est-\u00e0-dire le premier ministre, le cabinet et tous ceux qui, jusqu\u2019en bas de l\u2019\u00e9chelle, appliquent la loi, et le pouvoir judiciaire. Et le r\u00f4le du pouvoir judiciaire, c\u2019est d\u2019\u00eatre l\u00e0 quand des questions se pr\u00e9sentent, surtout dans une soci\u00e9t\u00e9 qui reconna\u00eet les droits et libert\u00e9s, comme la n\u00f4tre : les droits ont-ils \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s ? Jusqu\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9tendent les libert\u00e9s dans tel ou tel domaine ? Or, ce travail ne peut pas \u00eatre fait par le Parlement, pas dans notre syst\u00e8me, ni par les l\u00e9gislatures, m\u00eame si elles peuvent croire qu\u2019elles devraient le faire. Et il ne peut pas \u00eatre fait par l\u2019ex\u00e9cutif si on veut que les d\u00e9cisions aient de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Il doit \u00eatre fait par un organisme ind\u00e9pendant. Et la Cour supr\u00eame du Canada est le sommet d\u2019un syst\u00e8me de tribunaux qui sont tous ind\u00e9pendants et apolitiques. Je tiens vraiment \u00e0 insister : la Cour est apolitique. Elle n\u2019appartient \u00e0 aucun parti, elle n\u2019adh\u00e8re \u00e0 aucun parti. Elle examine les questions que les citoyens ou les gouvernements lui soumettent, et elle les tranche de fa\u00e7on \u00e9quitable, impartiale et non partisane. C\u2019est \u00e7a, son r\u00f4le. Vous m\u2019avez aussi demand\u00e9 ce que j\u2019entrevois pour l\u2019avenir. Eh bien, j\u2019esp\u00e8re que l\u2019avenir sera largement dans la m\u00eame veine. On observe, au moment o\u00f9 je parle, une certaine \u00e9rosion du principe d\u2019ind\u00e9pendance judiciaire, du respect des tribunaux, pas au Canada, mais au sud de la fronti\u00e8re et aussi, dans une certaine mesure, dans d\u2019autres pays. Il faut reconna\u00eetre que nos droits et libert\u00e9s sont pr\u00e9cieux, que notre Constitution est pr\u00e9cieuse, et qu\u2019on doit maintenir l\u2019ind\u00e9pendance de notre syst\u00e8me judiciaire et pr\u00e9server son r\u00f4le dans la r\u00e9gulation de ces questions. C\u2019est pourquoi, dans certains arguments qui seront pr\u00e9sent\u00e9s prochainement devant la Cour supr\u00eame au sujet de la clause d\u00e9rogatoire, on entend des gens dire \u00ab Oui, elle existe, mais on ne peut pas simplement \u00e9carter les tribunaux. Il doit y avoir un contr\u00f4le judiciaire d\u2019abord. \u00bb Je ne sais pas ce que la Cour d\u00e9cidera \u00e0 ce sujet, mais ce qu\u2019ils disent essentiellement, c\u2019est \u00ab Nous avons la clause d\u00e9rogatoire, mais nous devons pr\u00e9server un r\u00f4le pour cette instance impartiale qu\u2019est la magistrature, afin de prot\u00e9ger les droits des personnes autant que possible. Et si, au bout du compte, ces droits doivent \u00eatre \u00e9cart\u00e9s, soit, mais il faut pr\u00e9server le r\u00f4le judiciaire dans la mesure du possible. \u00bb<\/p>\n<p>Angela Misri: Merci infiniment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 des n\u00f4tres, juge en chef McLachlin.<\/p>\n<p>Chief Justice Beverley McLachlin: Merci. Merci beaucoup.<\/p>\n<p>Angela Misri: Merci d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 Voyages dans l\u2019histoire canadienne. Ce balado re\u00e7oit un financement du gouvernement du Canada et est cr\u00e9\u00e9 par le Walrus Lab. Cet \u00e9pisode a \u00e9t\u00e9 produit par Jasmine Rach et mont\u00e9 par Nathara Imenes. Amanda Cupido en est la productrice d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e. Pour d\u2019autres histoires sur des moments marquants de l\u2019histoire canadienne, ainsi que pour acc\u00e9der aux transcriptions anglaises et fran\u00e7aises de cet \u00e9pisode, visitez thewalrus.ca\/canadianheritage. Il existe aussi un balado en fran\u00e7ais, <em>Voyages dans l\u2019histoire canadienn<\/em>e. Alors si vous \u00eates bilingue et que vous voulez en \u00e9couter davantage, vous pouvez la trouver partout o\u00f9 vous \u00e9coutez vos balados.<\/p>\n<\/div>\n<p><script>\n!function(f,b,e,v,n,t,s)\n{if(f.fbq)return;n=f.fbq=function(){n.callMethod?\nn.callMethod.apply(n,arguments):n.queue.push(arguments)};\nif(!f._fbq)f._fbq=n;n.push=n;n.loaded=!0;n.version='2.0';\nn.queue=[];t=b.createElement(e);t.async=!0;\nt.src=v;s=b.getElementsByTagName(e)[0];\ns.parentNode.insertBefore(t,s)}(window,document,'script',\n'https:\/\/connect.facebook.net\/en_US\/fbevents.js');\n fbq('init', '1090834961073306'); \nfbq('track', 'PageView');\n<\/script><br \/>\n<br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fond\u00e9e en 1875, la Cour supr\u00eame du Canada fa\u00e7onne le pays depuis 150 ans. 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